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5 (bonnes) raisons de rentrer de voyage

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On l’aura attendu ce départ, les jours presque  figés, le compte à rebours avant notre avion, celui qui devait nous emmener loin. Les secondes interminables, le temps suspendu.
Le temps qui, dès les premières heures du voyage, a repris sa course, a passé la seconde, les jours qui se sont succédé, puis les semaines et les mois, de plus en plus vite, avec l’empressement ridicule des moments agréables, ces instants si rapides qu’on est incapable de les conjuguer au présent.

On est à peine parti que déjà il faut rentrer.

C’est le point commun de tous les voyages. Quel que soit le trajet, quelle que  soit la distance,  à un moment il faut faire la route dans l’autre sens. Pour une escale, pour des vacances ou pour s’installer, à un moment il faut rentrer.

Sept mois de voyage et il ne m’aura fallu que quelques minutes de RER B et deux trois objets retrouvés à la même place pour avoir aussitôt l’impression de ne jamais être parti.
Le voyage s’évapore rapidement et le moment de rentrer a tendance à toujours arriver un peu vite. On est à peine parti que déjà il ne nous reste plus de notre aventure que quelques souvenirs, des photos et deux ou trois cicatrices.

Et pourtant, il y a du bon dans le retour. Peut être pas de quoi effacer l’excitation des départs, peut être rien d’assez motivant pour qu’on se laisse définitivement pousser des racines, mais au moins assez de points positifs pour avoir envie de faire un tour chez nous de temps en temps, pour  vouloir faire la route dans l’autre sens et revenir à la maison quelques jours ou quelques semaines.

Assez de points de positifs pour qu’on puisse en faire une liste.

 

SA PROPRE SALLE DE BAIN
La loterie de la douche ça vous dit quelque chose ? C’est ce jeu de hasard auquel on participe à chaque changement de chambre d’hôtel et qui consiste a passer la porte de la salle de bain en se demandant si l’eau sera chaude, le carrelage propre, les cafards discrets. En croisant les doigts pour qu’une coupure ne vous laisse pas trempé, à poil, démuni avec du shampoing plein les yeux.
Est-ce qu’il y aura de la pression ou devrez-vous jouer les Mac Gyver de l’hygiène intime en vous contentant de trois gouttes/minutes pour vous laver les cheveux ? Faudra-t-il vous inquiéter d’un chauffe-eau sans âge installé sur le mur, les fils électriques a quelques centimètres de la pomme de douche ?

Sans aucun doute, ces instants vous feront regretter le confort habituel de votre propre salle bain, où tout est ça place, ou tout sent le propre, ou l’eau ne coule ni noire ni couleur rouille et ou vous pouvez vous détendre sans craindre les staphylocoques, les mycoses ou les électrocutions.

LA REMISE EN FORME
Que l’on soit du genre, le long de la route,  à prendre quelques kilos en plus ou au contraire à se creuser le visage et ajouter une série de trous à sa ceinture, une chose est sûre, quel que soit le trajet, le voyage vous change.

Vieilles tongs, pantalon troué, cheveux hirsutes décolorés par le soleil tombant sur une peau noircie par les ultras violets, arrive un moment dans chaque voyage où même votre maman aurait du mal a vous reconnaitre. Alors bien entendu il n’y a rien de mal à prendre des faux airs d’aventurier, à se défaire un peu des codes de l’apparence que dicte le monde moderne, mais tout de même, après une longue route, un trajet interminable, un retour à la maison ne pourra pas faire de mal : couper les mèches qui tombent devant les yeux et retrouver la vue, se remplumer un peu ou au contraire perdre quelque kilos. Soigner les égratignures, reposer son dos fatigué, ses jambes un peu lourdes. Reprendre des forces, se retaper et se remettre sur pied.

LA FAMILLE, LES AMIS
La combinaison « Facebook-Gmail-Skype-Twitter » permet aujourd’hui de partir au bout du monde tout en restant virtuellement à la maison. On parle à sa maman, on lui montre sa chambre et on lui dit que « oui, bien sûr je fais attention », on like les photos de ses amis, on partage nos péripéties, on upload en direct le diaporama de nos aventures et on reste au courant de ce qui se passe, de ce qu’on loupe. On arrive presque, parfois, à ne pas se sentir trop loin.

Pourtant, il manque les vraies choses, il manque la bière des débuts de soirée, les éclats de rire, il manque les tapes dans le dos, les regards et les sourires. Il manque nos potes pour de vrai et notre famille grandeur nature, tous ces gens qu’un écran ne saurait contenir.

Sans compter que chaque retour est une excuse pour faire un peu la fête, prolonger de quelques heures les vacances, se réunir et partager ses histoires, en développant un peu plus que sur les quelques lignes de son statut, les quelques lettres d’un tweet.

LA CUISINE DE MAMAN
Même le plus sage des voyageurs, le plus raisonnable d’entre nous se transformera, après quelques mois dans un pays exotique, en véritable addict, incontrôlable à la simple évocation des spécialités culinaires de son lieu d’origine. Pour le voyageur français, saucisson et fromage deviendront des mots dangereux déclenchant réactions violentes, spasmes involontaires, lamentations interminables et terrible crise de manque qu’aucun palliatif exotique ne saura calmer.

C’est à ce stade que le retour devient presque indispensable, à ce moment précis où l’on s’inflige de longues sessions d’émission culinaire  sur TV5, en ponctuant l’apparition des plats d’onomatopée grotesques.

Parce que les sacs de nos amis, de nos parents, ne seront jamais assez grands pour contenir tout ce qu’on voudrait manger, tous les sujets de nos fantasmes culinaires, après un certain moment le retour s’impose. Le temps de « faire le plein » le temps de se gaver ce que l’on aime et dont on a manqué, de retrouver un peu « la cuisine de maman ». Le temps que la situation s’inverse et que nos envies de saucisson, de vin rouge soient remplacées par un besoin irrépressible de riz frit, de poisson grillé, de pancake a la banane et de fruit frais qu’on mange en brochette, le cul dans le sable, les yeux fixés sur l’horizon.

REPARTIR
Rentrer c’est aussi retrouver son point de départ, remettre ses pieds dans les starting-blocks, déplier une nouvelle carte, définir un nouvel objectif, une prochaine destination. Notre « chez nous » on le connait si bien que l’envie de refaire la route dans l’autre sens n’est jamais vraiment loin, la routine jamais longue à revenir s’installer.

« La maison » c’est l’endroit parfait pour respirer un peu tout en commençant à trier ses envies, pour faire le point tout en nourrissant la barre de recherche de Google avec des noms de pays lointains, faire le tour des librairies, compléter sa collection de guides de voyage et puis, finalement, cliquer sur le bouton d’ajout au panier de notre site de voyage favori, réserver son siège dans l’avion, commencer a compter les jours et comme ça, transformer son retour en départ.

et puis aussi : vider ses disques durs, réanimer son compte bancaire et rassurer son banquier, se refaire une garde-robe, souffler un peu, regarder des bêtises a la télé,  aller au cinéma, rattraper tout ce qu’on a loupé, redécouvrir les saisons, avoir froid (ou chaud) de nouveau et redécouvrir la pluie (ou au moins la pluie normale, pas les précipitations bibliques des pays tropicaux)…

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4 Comments

  • Reply
    Curieuse VoyageuseNo Gravatar
    5 septembre 2012 at 6 h 45 min

    Très bon timing pour cet article 🙂
    J’ajouterai (et c’est peur-être le plus important pour moi): prendre le temps de digérer son voyage, de mesurer sa joie (ou sa déception s’il y en a), remettre en forme ses notes, les digérer elles-aussi et les partager! Cet après-voyage est pour moi, toujours un plaisir !

  • Reply
    Curieuse VoyageuseNo Gravatar
    5 septembre 2012 at 6 h 46 min

    (et aussi un dernier avantage: pouvoir – enfin – me procurer ton livre! )

  • Reply
    gaspardNo Gravatar
    5 septembre 2012 at 11 h 11 min

    Mais oui, voilà la vraie bonne raison de rentrer : pouvoir acheter nos livres !

    Plus sérieusement tout dépend aussi un peu du voyage, du temps que l’on a passé loin de chez soi.
    Après dix ans de voyage pratiquement non-stop j’ai du mal a savoir si je rentre ou si je suis simplement en vacance dans mon pays, a force on perd un peu ses repères.
    En tout cas, c’est vrai que ça permet de tout mettre à plat, de faire le point, de ranger le désordre de nos notes, de nos photos et aussi de classer les souvenirs dans nos têtes. Ça permet aussi de prendre le recul nécessaire pour vraiment apprécier ce que l’on vient de vivre.

    Mais quand même, j’ai hâte que les semaines passent pour que mon retour se change en départ… et puis j’ai besoin de vacances 😉

  • Reply
    ChrissandVoyageNo Gravatar
    7 janvier 2014 at 21 h 32 min

    Idem, j’aime beaucoup voyager mais j’aime aussi beaucoup revenir à la maison. Retrouvez son confort, ses habitudes, la famille, les amis, ses animaux… Et puis il faut bien revenir pour repartir!

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